je me suis réveillée la bouche pâteuse, un horrible sentiment de fierté pointant dans le cœur, un rire sardonique. J’ai ouvert mes volets violemment. Ils se sont abattus sur le mur puis m’ont claqué dans la gueule dans un retour à l’expéditeur digne du meilleur des boomerangs.

J'étais complètement KO par le choc.

Ma grand-mère aurait dit "Bien fait c'est le bon Dieu qui t'a punit !"

Je m'allongeais sur le lit, en me concentrant sur la musique du vent violent ...Il était encore très tôt. J'avais encore du temps avant de commencer la journée.

J'avais mal à la tête mais j'étais tellement soulagée d'avoir réussi que je frissonnais de plaisir.

Certes je n'étais pas spécialement fière de moi...mais ma vie ,allait reprendre son cours normal et c'était la seule chose qui comptait.

Depuis plusieurs semaines Lucienne semblait s'entrainer pour les jeux olympiques de la méchanceté,au début nous n'avions pas vraiment fait attention, l'automne, une date anniversaire douloureuse,l'aggravation de son diabète...des faits qui pouvaient expliquer son acharnement à nous empoisonner la vie.

Mais tout s'aggrava rapidement et ma belle-mère se recroquevilla comme une vieille pomme et atteignit des sommets de hargne gratuite.

Vous qui ne la connaissait pas ne pouvez pas comprendre.

Imaginez Tati Danielle en beaucoup plus belle,mais tellement plus méchante que votre souffle en serait coupé !

Elle s'invita une semaine à la maison. C'était l'hiver polaire et à la télévision elle avait entendu que les personnes agées devaient trouver refuge chez les leurs, pour ne pas se déshydrater !

Moi bonne pomme,j'avais dit OK.

Elle s'asseyait sur le fauteuil du chat et restait prostrée pendant des heures avec ses oreillettes pour écouter le radio.

Les lèvres et les fesses serrées.

Quand elle parlait c'était pour dire des choses désagréables, se plaindre du bruit des enfants, du repas pas à sa convenance ...de l'ingratitude des uns et des autres.

Mais quand son fils "pas chéri" entrait ,

Le salon se transformait en mur des lamentations .

"Pourquoi vous ne vous occupez pas de moi ?

Pourquoi est-ce que je ne pourrai pas vivre avec vous ?

pourquoi vous ne tenez pas la promesse que vous aviez faite à votre père de vous occupez de moi ?"

L'homme des lieux plein de ressources se découvrit un colloque urgentissime au Japon et m'abandonna sans autre forme de procès.

Il m'embrassa tendrement à 1h du matin quand il s'envola vers l'aéroport. pas très fier mais tellement soulagé .

Je n'arrivais pas à m'endormir .

Dans la cuisine je me mis préparer le punch que j'avais promis à Annette pour sa grande fête.

Qu'allais-je faire de la Vielle ?

Un peu de rhum

un peu plus

et que je goute

et que je re-goute

de la vanille du sucre

du rhum

gouter encore.

Je mis de la musique en sourdine

J'avais envie de danser

J'avais chaud

Je me sentais invincible

Je l'entendis tousser.

Une grande colère m'envahit.

Et c'est là que mon plan machiavélique germa.

Je mis en route le magnétoscope et lui fit avaler la cassette de mon enquête sur les maltraitance dans les hôpitaux sur les personnes âgées.

J'allais la chercher un peu de force et la clouait sur le fauteuil du chat.

Le film de 1h36 démarra.

Elle regardait avec effroi les scènes difficiles qui se déroulaient devant ses yeux.

Elle me suppliait d'arrêter de la laisser se coucher.

Je lui répondais sèchement

"Taisez vous et écoutez !"

Le rhum a un drôle d'effet sur moi,il faudrait que je m'en souvienne !

Je lui fit grâce des 6 dernières minutes et lui fit la promesse solennel que chaque fois qu'elle viendrait ici, elle aurait droit à cette cassette pour bien faire la différence entre le vrai et le faux.

Et qu'il était temps qu'elle cesse d'empoisonner la vie de ses enfants.

Elle était blanche, me fit le coup de l'hypoglycémie.

Je lui balançais deux sucres dans les mains et lui dit d'aller se coucher que je ne voulais plus l'entendre.

Elle se leva et me dit d'un ton plein d'espoir

"je pars demain chez mon frère dans l'hérault il fera plus chaud..."

Et voilà ,le 9e et dernier sablier givré !

Il était temps peut-être !